Lemercier.                                   61
avec laquelle ils agirent cn cette affaire. Comme' dans les arrangemens que les fieurs Maher et confors avoient faits avec leurs créanciers, il avoit cté ftipulé une claufe par laquelle il avoit été dit que s'ils n'étoient pas payés dans fix ans ou que le fpectacle vint à celTer par force majeure, les falles et autres effets leur appartiendroient pour les faire vendre à leur profit jufqu'à concurrence de leur payement, les fieurs Gaillard ct Dorfeuillc fe font céder les droits de ces créanciers, leur payant un faible à-compte de leurs créances et feignant que le fpectacle eft ceffé parce qu'ils l'ont arraché des mains des fieurs Maher et confors quoiqu'en un mot il foit cn leurs propres mains, ils argumentent de là ou le prétextent pour dire que, comme repréfentant les créanciers des fieurs Maher et confors et le cas prévu de la ceffation du fpectacle par force majeure étant arrivé, ils ont le droit, non pas de vendre, cela ne les accommoderoit pas en ce moment, mais de prendre les falles, les décorations, les habits et les pièces de théâtre. Il falloit effectivement cela aux fieurs Gaillard ct Dorfcuille pour pouvoir même entamer leur entre-prife : car comment, dénués de tout, et d'ailleurs étant néceffaire que le fpec­tacle n'eût aucune interruption, euffent-ils pu bâtir trois falles fur-le-champ ct fe pourvoir de 50,000 écus d'autres effets indifpenfables pour la repréfen-tation ? Le fpectacle tomba donc en ruines dès le premier moment, et tout étoit perdu pour les nouveaux entrepreneurs et pour l'Opéra fi ces particuliers n'avoient tâché de s'emparer fur-le-champ dc tout ce qui appartenoit aux an­ciens directeurs. Le droit de propriété, la juftice due à des entrepreneurs qui s'étoient tout entiers facrifiés pour cette affaire étoient peu de chofe fi les pré­textes pouvoient réuflir pour cet envahiffement. D'après ce point de vue, les fieurs Gaillard et Dorfeuillc préfentent une requête au fieur Lieutenant gé­néral de police le 8 octobre 1784, par laquelle ils demandent à rentrer en poffeffion des falles et de tous les effets des fieursMalter et confors. La religion du magiftrat eft furprife ou plutôt fa vigilance et fon attention à la conferva-tion du cours des chofes publiques n'aperçoivent en cet inftantque cet intérêt qui s'y rapporte, favoir que le fpectacle ne foit pas interrompu et furtout ne périffe pas. Le 11 octobre il rend une ordonnance qui « autorife les fieurs Gaillard et Dorfeuille à prendre poffeffion des falles et des effets du fpectacle cn prenant la précaution de preferire un inventaire des effets qui exiftent ». Les fieurs Gaillard et Dorfeuille font fauves par là du pas le plus mauvais où ils étoient engagés. Leur fpectacle eft ouvert en même tems, et dès le même jour qu'ils font retirer les autres, et ne manquent de rien, ni de falles et de décorations et habits, ni de pièces et d'acteurs. Us fe font faifis de tout ce qui appartenoit à ceux qu'ils ont dépoffédés. Mais au moins falloit-il que ces en­trepreneurs, fi habiles à s'emparer de ce qui leur convenoit fi bien, fongeaf-fent à en payer le prix au malheureux propriétaire. Ced ce qu'ils font encore très-éloignés de faire. Les fieurs Maher et confors agiflent en vain pour affurer au moins leurs droits ; ils font affigner leurs adversaires au Parlement; ils font des faines entre les mains du caifuer des Variétés pour être payés fur le produit de ce fpectacle, en prenant même la précaution de déclarer «qu'ils